Préface – Cardinal Mercier

LETTRE PRÉFACE

de

Son Eminence le Cardinal MERCIER Archevêque de Malines

ARCHEVÊCHÉ DE MALINES

Malines, le 8 décembre 1911.

Mademoiselle,

Avec une modestie charmante, vous écrivez ces mots derrière lesquels vous tentez de vous effacer : « Ce livre réunit des rapports et des documents traitant de questions et d’œuvres sociales féminines en Belgique.

Mais, d’abord, parmi l’amas de rapports, notes et documents que suscitent tous nos Congrès, il fallait faire un triage, et les matières triées, il fallait les ordonner. Sélection et ordonnance : premier travail que vous avez voulu assumer et dont vos lectrices et vos lecteurs doivent vous être reconnaissants.

Soit qu’ils aient à parfaire leur apprentissage social, soit qu’ils veuillent s’intéresser activement à une œuvre et, selon l’expression heureuse d’une de vos collaboratrices, « étudier pour agir », ils trouveront dans les notes précises, sobres, pratiques, recueillies par vous ample matière à observation et à réflexion.

Vous avez fait davantage et mieux : Une même idée directrice préside au choix et au groupement de ces rapports ; un même souffle les anime : votre dévouement aux multitudes ouvrières honnêtes et saines, qui devraient et pourraient, si elles se décidaient à le vouloir améliorer leur sort et qui, trop souvent, faute d’organisation et de prévoyance, demeurent enlisées dans l’inertie.

Toute femme intelligente, au cœur généreux, qui voudra méditer la suite de votre recueil, sentira peser sur elle une responsabilité sociale.

Si elle est ouvrière, épouse, mère de famille ou destinée à le devenir, elle doit s’initier aux devoirs de sa vocation et demander à l’union professionnelle la sauvegarde de ses intérêts.

Si elle appartient à une classe aisée et que la Providence lui ait accordé des loisirs, elle a à l’égard des classes laborieuses une mission à remplir et, pour être en mesure de la remplir, elle doit étudier tes problèmes sociaux de l’heure présente et mettre son cœur au service de la fraternité chrétienne.

Toutes, tous, nous devons pénétrer davantage notre pensée et notre vie du sens social chrétien : car, ainsi que je me suis attaché à le proclamer avec une insistance nouvelle dans une circonstance récente, appuyé sur l’évangile de Notre Seigneur Jésus Christ, le catholicisme que l’on se plaît à appeler « social », n’est que le catholicisme tout court.

Puisse votre livre répandre cette pensée et ce sentiment !

Vous n’avez pas, je le sais, Mademoiselle, d’autre ambition, vous n’attendez et je ne vous souhaite pas de meilleure récompense.

+ D. J. Card. MERCIER, Arch. de Malines.